Auteur/autrice : Serpent a Plumes

  • Le réveil de Léon Dutilleul

    Léon Dutilleul ouvrit les yeux avec cette impression étrange qu’ont les dormeurs après une sieste trop longue. Il regarda sa montre. Elle s’était arrêtée. Son calendrier indiquait toujours le 20 septembre 2001.

    Il se leva, enfila son éternel costume gris, rajusta son chapeau et descendit dans la rue.

    Paris lui parut d’abord familier. Les immeubles étaient toujours là. Les autobus roulaient. Les cafés servaient leurs premiers expressos. Pourtant quelque chose avait changé.

    Les passants marchaient la tête baissée. Non par timidité, mais parce qu’ils regardaient tous une petite plaque noire qu’ils tenaient dans la main.

    « Curieuse époque, pensa Dutilleul. On ne regarde plus les autres. »

    Il entra dans un café.

    — Un journal, s’il vous plaît.

    Le garçon sourit.

    — Papier ou numérique ?

    Dutilleul ne comprit pas la question.

    À la table voisine, une jeune femme parlait toute seule. Elle riait, hochait la tête, faisait de grands gestes. Léon finit par apercevoir un minuscule écouteur dans son oreille.

    « Les fous sont devenus très élégants », songea-t-il.

    En sortant, il voulut téléphoner d’une cabine.

    Il n’y en avait plus.

    Il chercha un kiosque à journaux.

    Il en trouva un… transformé en boutique de téléphones.

    Plus loin, il leva les yeux.

    Une étrange silhouette métallique dominait Paris.

    — C’est quoi ?

    — La tour Triangle, monsieur.

    — On construit donc encore des tours ?

    Le jeune homme le regarda avec étonnement.

    — Bien sûr.

    Léon pensa immédiatement à New York.

    Les deux immenses tours qu’il avait vues à la télévision quelques jours avant de s’endormir.

    — Elles ont été reconstruites ?

    Le jeune homme baissa les yeux.

    — Non… mais un autre gratte-ciel s’élève aujourd’hui à leur place.

    Léon resta silencieux.

    Il entra dans le métro.

    Personne n’achetait de ticket.

    Les voyageurs approchaient simplement leur téléphone d’un appareil qui s’illuminait.

    « Même les billets sont devenus invisibles », murmura-t-il.

    Dans la rame, personne ne lisait de livre.

    Personne ne parlait.

    Tous faisaient glisser leur doigt sur un écran lumineux.

    Le silence était étrange.

    Non pas le silence du recueillement.

    Celui de millions de conversations invisibles.

    Arrivé chez lui, Léon voulut écrire une lettre.

    Il demanda où se trouvait le bureau de poste le plus proche.

    — Pourquoi une lettre ? Envoyez donc un message !

    Il eut l’impression qu’on venait de lui annoncer la disparition des chevaux.

    Le soir, un voisin l’invita à dîner.

    Au milieu du repas, il posa une simple question.

    — Dites-moi… qu’est-il arrivé pendant mon sommeil ?

    Le voisin prit une profonde inspiration.

    — Les attentats du 11 septembre ont changé le monde. Nous avons connu des guerres en Afghanistan et en Irak. Un virus a un jour arrêté la planète entière. Les Russes ont envahi l’Ukraine. La Chine est devenue une grande puissance. Les étés sont plus chauds. Les incendies sont plus nombreux. Et des intelligences artificielles parlent désormais avec les hommes.

    Léon resta longtemps silencieux.

    Puis il demanda :

    — Et les hommes… parlent-ils encore entre eux ?

    Le voisin hésita.

    — Oui… mais autrement.

    La nuit tombait.

    Dutilleul se leva, ouvrit la fenêtre et contempla Paris.

    Les murs étaient toujours là.

    Ils étaient même plus solides qu’autrefois.

    Pourtant il comprit qu’ils n’étaient plus faits de pierre.

    Ils étaient devenus numériques, invisibles, idéologiques, sociaux.

    Autrefois, il traversait les murs.

    Aujourd’hui, pensa-t-il avec un sourire mélancolique, il faudrait surtout apprendre à traverser les écrans.

  • C’est la rentrée ! Mon rejeton veut un smartphone. Il aura une montre

    Puisque les sages ne veulent pas interdire les réseaux sociaux…

    Ça y est.

    La rentrée approche et, comme chaque année, le même refrain va recommencer :

    — Papa, maman… cette année, il me faut un smartphone.

    Évidemment.

    Parce qu’il faut pouvoir le joindre.

    Parce qu’il prend le métro.

    Parce qu’il faut pouvoir le retrouver.

    Parce qu’il paraît que c’est indispensable.

    Et surtout parce que tous ses copains en ont un.

    Alors que faire ?

    Les sages ont bien compris qu’il y avait un problème avec les réseaux sociaux et les enfants. Le sujet fait débat, les parlementaires discutent, les textes évoluent…

    Très bien.

    Moi, pendant ce temps, je vais résoudre le problème à ma façon.

    Pas de smartphone.

    Une montre connectée.

    Et là, miracle : mon enfant peut faire à peu près tout ce dont il a réellement besoin.

    Je peux l’appeler.

    Il peut m’appeler.

    Il peut recevoir des messages.

    Il peut prendre le métro.

    Il peut utiliser Plans pour retrouver son chemin.

    Il peut payer une petite dépense.

    Il peut écouter de la musique.

    Et, accessoirement, je peux savoir où il est quand il est censé être quelque part.

    Bref : il gagne en autonomie.

    Mais il ne gagne pas automatiquement un accès illimité à TikTok, Instagram, Snapchat, YouTube, aux jeux et à toute la planète numérique.

    Parce que soyons honnêtes.

    Quand il me dit :

    — Papa, j’ai besoin d’un téléphone pour que tu puisses me joindre.

    Je connais déjà la suite.

    Je vais l’appeler.

    Il ne répondra pas.

    Je rappellerai.

    Toujours rien.

    Et quand enfin il décrochera :

    — Mais je t’appelais depuis dix minutes !

    — Désolé, j’avais pas entendu.

    Bien sûr.

    Il était simplement très occupé.

    À regarder une vidéo d’un hamster qui mange une fraise.

    Alors cette année, j’ai trouvé la solution.

    Une montre au poignet plutôt qu’un smartphone dans la poche.

    Moins d’écran.

    Moins de tentations.

    Mais suffisamment de technologie pour qu’il puisse commencer à se débrouiller seul.

    Et puis il y a un dernier avantage.

    Il ne pourra pas la perdre.

    Enfin…

    Il pourra toujours perdre la montre.

    Mais au moins, pour la perdre, il faudra commencer par perdre son poignet.

    Petit problème…

    Je viens de réaliser quelque chose.

    Une montre connectée, ça peut aussi recevoir des notifications.

    Et certaines permettent même d’installer des applications.

    Mon fils vient justement de me demander :

    — Papa, elle fait les jeux ?

    Je crois que je vais finalement devoir attendre la prochaine rentrée pour résoudre définitivement le problème.

    Mais cette fois, je lui offrirai peut-être un cadran solaire.

  • Ukraine : la Russie devra croire qu’elle a gagné pour pouvoir arrêter la guerre

    Plus j’observe la guerre en Ukraine, plus je suis frappé par la différence de stratégie entre les deux adversaires.

    La Russie dispose d’une supériorité considérable en hommes, en ressources et en armements. Pourtant, sa stratégie reste fondamentalement une stratégie d’usure: maintenir une pression constante sur le front, accepter des pertes humaines considérables et avancer lentement, avec l’espoir que l’Ukraine et surtout ses alliés occidentaux finiront par se lasser.

    L’Ukraine, qui ne peut rivaliser sur le terrain de la quantité, a choisi une autre voie : l’imagination et la technologie.

    La différence est particulièrement visible dans la guerre des drones. Les Russes ont développé des drones tactiques guidés par fibre optique, remarquablement efficaces et insensibles au brouillage radio. Ils répondent ainsi à une question : comment mieux détruire ce qui se trouve devant nous ?

    Les Ukrainiens semblent poser une autre question : que faut-il détruire pour que ce qui se trouve devant nous cesse de fonctionner ?

    Le développement de drones à très longue portée capables d’opérer malgré le brouillage permet désormais d’atteindre des objectifs situés à plus de mille kilomètres du front. Avec l’appui du renseignement occidental, l’Ukraine peut progressivement porter la guerre au cœur du système économique et militaire russe.

    Raffineries, dépôts de carburant, installations électriques, aérodromes militaires, usines d’armement et voies logistiques deviennent autant de cibles potentielles.

    L’immensité de la Russie pourrait alors devenir paradoxalement une faiblesse. Comment protéger simultanément des milliers de sites répartis sur un territoire gigantesque ? Chaque système antiaérien envoyé défendre une raffinerie ou une usine est un système qui ne protège ni une autre installation ni le front.

    L’enjeu n’est d’ailleurs pas nécessairement de détruire complètement ces infrastructures. Il suffit parfois d’endommager un équipement critique, difficile à réparer ou à remplacer. Les effets peuvent alors s’additionner : moins de raffinage signifie moins de carburant ; les pénuries perturbent les transports, l’agriculture et la logistique militaire ; les coupures électriques ralentissent l’industrie ; la destruction des radars et des défenses antiaériennes facilite les frappes suivantes.

    L’Ukraine ne cherche peut-être plus à reconquérir chaque kilomètre carré par une grande offensive. Elle pourrait chercher à rendre progressivement le coût de la guerre insupportable au système russe.

    La Russie dispose cependant d’une autre arme : la guerre hybride.

    Désinformation, cyberattaques, sabotages et exploitation de nos divisions politiques poursuivent un objectif simple. Il ne s’agit pas de vaincre militairement l’Europe, mais de convaincre les Européens que cette guerre est interminable, coûte trop cher et ne les concerne finalement pas.

    Sur ce terrain, la Russie peut encore obtenir des succès. Il lui suffit que quelques grands pays occidentaux réduisent leur soutien pour que la situation de l’Ukraine devienne beaucoup plus difficile.

    Mais une question demeure : comment la Russie elle-même pourra-t-elle mettre fin à cette guerre ?

    Je doute que Vladimir Poutine en soit encore capable.

    Il a progressivement lié la guerre à son pouvoir personnel et à sa place dans l’Histoire. Tant que les combats continuent, il peut promettre la victoire. Le jour où il signe la paix, le bilan commence.

    Il faudra alors expliquer les centaines de milliers de morts et de blessés, la rupture avec l’Europe, les sanctions, la militarisation de l’économie et des années de guerre pour des gains territoriaux bien éloignés des ambitions affichées en 2022.

    Poutine peut continuer la guerre. Il lui est beaucoup plus difficile de l’arrêter.

    La solution viendra peut-être de son propre système.

    Je ne crois guère à une révolution démocratique russe ni à un coup d’État militaire spectaculaire. Le jour où une partie des élites économiques, militaires et sécuritaires estimera que Poutine ne protège plus le régime mais commence à le mettre en danger, elle cherchera probablement une succession organisée.

    Son successeur sera vraisemblablement un homme du système. Un profil comme Alexeï Dioumine, ancien proche de Poutine passé par les services de sécurité et le ministère de la Défense, pourrait incarner la continuité sans être totalement identifié à la guerre. Un technocrate comme Mikhaïl Michoustine pourrait, lui, présenter la paix comme le début d’une nouvelle bataille : la reconstruction économique de la Russie.

    Le nom importe finalement moins que le profil. Il faudra un poutinien capable de glorifier Poutine, d’en faire le dirigeant qui a rendu sa puissance et sa fierté à la Russie et qui a victorieusement résisté à l’Occident. Cette glorification permettra précisément d’abandonner sa politique sans jamais reconnaître son échec.

    Son successeur pourra alors proclamer que la Russie a atteint ses objectifs et faire ce que Poutine ne semble plus capable de faire : arrêter la guerre.

    C’est pourquoi la stratégie ukrainienne ne consiste peut-être plus seulement à combattre l’armée russe. Elle cherche à modifier progressivement le calcul de ceux qui gouverneront la Russie demain.

    Chaque raffinerie arrêtée, chaque usine perturbée, chaque aérodrome frappé doit contribuer à une même conclusion : poursuivre indéfiniment cette guerre finira par mettre la Russie elle-même en danger.

    La paix ne viendra peut-être pas lorsque la Russie reconnaîtra sa défaite.

    Elle pourrait être signée non par l’adversaire de Poutine, mais par son héritier — après avoir transformé Poutine en héros.

    La Russie devra alors croire qu’elle a gagné pour pouvoir enfin arrêter la guerre.

  • RTX Spark : le jour où le PC a peut-être changé de siècle

    Il existe des annonces techniques qui ne sont que des évolutions. Et puis il y a celles qui changent de paradigme. La présentation aujourd’hui par Jensen Huang, le fondateur de NVIDIA, de la plateforme RTJX Spark appartient peut-être à cette seconde catégorie. e prends volontairement le risque de me tromper. Mais si cette technologie tient ses promesses, le 31 mai 2026 pourrait devenir une date aussi importante dans l’histoire de l’informatique personnelle que le lancement du Macintosh en 1984, du processeur Intel Pentium en 1993 ou de l’Apple Silicon en 2020.

    La fin du PC traditionnel

    Depuis près de quarante ans, nos ordinateurs reposent sur la même architecture.

    Un processeur (CPU) exécute les programmes.

    Une carte graphique (GPU) calcule les images.

    La mémoire est partagée tant bien que mal entre les deux.

    Cette organisation a permis des progrès considérables, mais elle atteint aujourd’hui ses limites. Les modèles d’intelligence artificielle manipulent des centaines de milliards de paramètres et déplacent des quantités gigantesques de données. Le principal frein n’est plus la puissance de calcul, mais la circulation permanente des informations entre les différents composants.

    NVIDIA change les règles

    Avec RTX Spark, NVIDIA ne propose pas simplement une nouvelle carte graphique.

    L’entreprise redessine le PC autour de l’intelligence artificielle.

    Le processeur Grace, le GPU Blackwell et une très grande mémoire unifiée sont conçus pour fonctionner comme un ensemble cohérent. Les données n’ont plus besoin d’être copiées en permanence d’un composant à l’autre.

    Cette idée peut paraître technique. Elle est pourtant fondamentale.

    Depuis des décennies, nous augmentions la puissance des composants. Aujourd’hui, NVIDIA cherche surtout à supprimer les pertes de temps entre eux.

    L’IA devient une fonction native du PC

    Jusqu’à présent, utiliser une intelligence artificielle signifiait souvent envoyer ses données vers un centre de calcul distant.

    Demain, une grande partie de ces traitements pourrait être réalisée directement sur l’ordinateur.

    Cela change tout.

    Les données personnelles restent chez l’utilisateur.

    La latence disparaît.

    Le fonctionnement devient possible même sans connexion Internet.

    Et surtout, chacun pourra disposer de son propre assistant intelligent permanent.

    Nous passons progressivement d’un ordinateur qui exécute des logiciels à un ordinateur qui collabore avec son propriétaire.

    Une rupture comparable à Apple Silicon ?

    Depuis plusieurs années, Apple montre qu’une architecture fortement intégrée permet des gains spectaculaires de performances et d’efficacité énergétique.

    RTX Spark semble poursuivre le même objectif mais avec une philosophie différente.

    Apple construit un écosystème fermé.

    NVIDIA cherche au contraire à transformer l’ensemble de l’écosystème Windows en plateforme native pour l’intelligence artificielle.

    Le pari est immense.

    Les conséquences possibles

    Si cette architecture s’impose, les conséquences dépasseront largement le monde des joueurs ou des développeurs.

    Les logiciels de création pourront manipuler des modèles de plus en plus complexes.

    Les ingénieurs disposeront d’assistants spécialisés.

    Les chercheurs pourront exécuter localement des modèles qui nécessitaient hier un centre de calcul.

    Les enseignants, les médecins, les architectes ou les juristes pourraient voir apparaître de nouveaux outils capables d’assister leur travail quotidien.

    L’intelligence artificielle deviendrait alors une infrastructure de base du PC, au même titre que le clavier, la souris ou Internet.

    Le véritable enjeu

    La véritable question n’est peut-être pas celle des performances.

    Elle est historique.

    Depuis les années 1980, le microprocesseur est le cœur de l’ordinateur personnel.

    À partir d’aujourd’hui, ce rôle pourrait être partagé avec l’intelligence artificielle.

    Nous sommes peut-être en train d’assister à la naissance du premier PC conçu non plus pour exécuter uniquement des programmes, mais pour travailler avec un partenaire intelligent.

    L’avenir dira si cette intuition était juste.

    Mais il est des journées où l’on sent que l’histoire accélère.

    Le 31 mai 2026 pourrait bien être l’une d’elles.

  • Double 7

    Un anniversaire redoutable

    C’est mon anniversaire, et pour la première fois, cela m’inquiète un peu.
    77 ans… Une amie m’a dit en plaisantant qu’on pourrait m’appeler “double sept” pendant un an. C’est vrai, et l’idée me fait sourire.

    Mais en même temps, je sens le poids des années : quelques douleurs, une fatigue nouvelle, comme si je passais doucement de l’autre côté. Et je me surprends à penser qu’un jour proche, peut-être, je ne pourrai plus lire les aventures de Tintin, cet aventurier du XXe siècle qui m’a tant accompagné.

    C’est aussi le moment des bilans, et certains ne sont pas si mauvais. Quand je repense à l’enfant que j’étais et au chemin parcouru, je me dis que je m’en suis plutôt bien sorti.

    En revanche, j’avais placé beaucoup d’espoir dans mon site internet, et la déception est là. C’est sans doute pour cela que je n’y ai pas touché depuis un mois et demi. Je suis en pleine réflexion… mais au fond, je sais que je ferais mieux de continuer.

    Après tout, un imbécile qui avance va plus loin qu’un intellectuel qui hésite. Alors, à mon clavier. Au travail.

  • Fureur épique

    Je ne me réjouis pas de la mort des trois plus hauts responsables iraniens, contrairement à ce que j’ai cru comprendre ce matin dans un communiqué attribué à l’État français — communiqué que je n’ai pas réussi à retrouver par la suite.

    Je n’éprouve évidemment aucun regret particulier à l’annonce de la disparition du guide suprême Khamenei, du ministre de la Défense et du chef d’état-major iranien. Toutefois, on ne peut se réjouir de la mort d’hommes, même lorsqu’ils ont été responsables de la mort de milliers d’autres. La gravité de leurs actes n’efface pas ce principe fondamental.

    Si la mort de ces trois dirigeants, ainsi que l’attaque de l’Iran par Israël et les États-Unis, devaient conduire à la chute d’un régime que beaucoup jugent abominable et permettre au peuple iranien de reprendre en main son destin, ce serait une évolution positive.

    Je crains cependant que les relais régionaux de l’Iran ne trouvent d’autres soutiens et d’autres financements. Et j’espère, pour les Ukrainiens, que les armes iraniennes ne parviendront plus aux forces russes, afin de ne pas prolonger davantage un conflit déjà tragique.

  • La BD n’est pas morte !

    Les 30 albums qui racontent près de deux siècles de bande dessinée

    Le Festival d’Angoulême ne se tiendra pas cette année.

    C’est une bien triste nouvelle pour tous ceux qui aiment la bande dessinée. Mais il ne faudrait surtout pas en tirer une conclusion aussi facile que définitive : la bande dessinée, elle, n’est pas morte.

    Elle est même bien vivante.

    Alors, puisque les portes d’Angoulême resteront fermées, Passe-Murailles a décidé d’ouvrir les livres. Pas pour établir un palmarès de plus, ni pour désigner le meilleur dessinateur, mais pour poser une question vertigineuse :

    Quelles sont les 30 BD qui ont le plus profondément marqué l’histoire du neuvième art ?

    Nous avons retenu trois critères : la beauté du dessin, l’originalité de l’œuvre et la force de son intrigue. Mais avec une précaution essentielle : on ne juge pas une BD de 1905 avec les yeux de 2026. Chaque œuvre est regardée avec les exigences et les possibilités de son époque.

    Et nous n’avons pas cherché à répartir équitablement les places entre les pays, les genres ou les générations. Une période n’a droit à aucune place réservée. Une BD doit mériter sa place.

    Voici donc notre remontée dans le temps.


    2017 — La Bombe

    Alcante, Laurent-Frédéric Bollée & Denis Rodier

    Commencer par La Bombe, c’est commencer par une œuvre qui transforme un événement historique en thriller.

    L’histoire de la naissance de la bombe atomique devient une formidable mécanique narrative. Scientifiques, militaires, industriels, politiques : tous sont pris dans une course dont le lecteur connaît l’issue mais dont il découvre progressivement les rouages.

    Une BD historique qui possède l’efficacité d’un grand roman d’espionnage.


    2014 — Angel Wings : Burma Banshees

    Yann & Romain Hugault

    Des avions extraordinaires, des femmes pilotes, la guerre du Pacifique et un dessin aéronautique spectaculaire.

    Ce qui frappe surtout est la crédibilité documentaire. Les appareils, les uniformes, les bases, les opérations : tout donne l’impression de consulter des archives.

    Et pourtant, ce n’est jamais un catalogue d’avions. C’est une véritable aventure.


    2015 — Le Caravage : La Palette et l’épée

    Milo Manara

    Manara était incontournable dans notre sélection.

    Pourquoi ? Parce que son dessin possède une sensualité, une élégance et une maîtrise anatomique immédiatement reconnaissables.

    Avec le Caravage, il trouve en outre un sujet qui semble avoir été fait pour lui : un artiste génial, violent, provocateur, plongé dans une Italie baroque.

    Une œuvre où l’esthétique n’est pas un accompagnement de l’histoire : elle en est une composante essentielle.


    2007 — Il était une fois en France : L’Empire de Monsieur Joseph

    Fabien Nury & Sylvain Vallée

    Joseph Joanovici est un personnage de roman devenu personnage de BD : ferrailleur, immensément riche, résistant, collaborateur, manipulateur et survivant.

    Mais l’album ne cherche pas à simplifier cet homme en héros ou en salaud.

    C’est précisément cette ambiguïté qui fait sa force.


    2006 — Là où vont nos pères

    Shaun Tan

    Et si l’on pouvait raconter l’exil sans pratiquement aucun mot ?

    Shaun Tan le fait avec une inventivité graphique extraordinaire. Le lecteur découvre un monde étrange en même temps que le personnage.

    C’est une BD qui prouve que le langage de la bande dessinée peut être universel.


    2000 — Quelque part entre les ombres

    Juan Díaz Canales & Juanjo Guarnido — Blacksad

    Un polar noir où les personnages sont des animaux anthropomorphes.

    Sur le papier, l’idée pourrait n’être qu’un procédé. Elle devient ici une formidable machine narrative et graphique.

    Guarnido atteint une virtuosité picturale exceptionnelle, tandis que Canales construit un véritable polar.

    Une BD qui est à la fois belle et efficace.


    1993 — C’était la guerre des tranchées

    Jacques Tardi

    Tardi ne raconte pas la Première Guerre mondiale comme une grande épopée héroïque.

    Il montre la boue, la peur, l’absurdité, les cadavres et les hommes broyés par une machine qui les dépasse.

    Le dessin noir et blanc devient une arme.

    Une œuvre d’une puissance exceptionnelle, et l’une des grandes preuves que la bande dessinée peut traiter l’Histoire avec une gravité comparable aux autres arts.


    1990 — Londres

    Régis Loisel — Peter Pan

    Loisel ne raconte pas simplement Peter Pan.

    Il imagine ce qui aurait pu conduire Peter à devenir Peter Pan.

    Londres est sombre, misérable, violente. Le merveilleux y surgit comme une échappatoire.

    C’est une relecture adulte d’un mythe universel, portée par un dessin d’une extraordinaire richesse.


    1986 — Watchmen

    Alan Moore & Dave Gibbons

    Et si les super-héros existaient réellement ?

    Alan Moore prend cette hypothèse au sérieux et la pousse jusqu’à ses conséquences politiques, psychologiques et morales.

    La construction narrative est vertigineuse, le découpage extrêmement maîtrisé.

    Après Watchmen, il devient impossible de considérer le comic de super-héros exactement comme avant.


    1985 — La Fièvre d’Urbicande

    François Schuiten & Benoît Peeters

    Un mystérieux réseau cubique apparaît et se développe inexorablement.

    C’est tout.

    Et pourtant cette idée d’une simplicité absolue devient une réflexion sur l’urbanisme, le pouvoir, les frontières et la société.

    Schuiten et Peeters créent une ville imaginaire qui semble posséder sa propre logique.

    La bande dessinée comme architecture.


    1984 — Le Jour du Soleil Noir

    Jean Van Hamme & William Vance — XIII

    Un homme amnésique retrouvé sur une plage. Un numéro tatoué. Des assassins. Une identité mystérieuse.

    Avec XIII, le lecteur devient enquêteur.

    Le véritable génie de l’album est de transformer l’amnésie en moteur narratif.

    On tourne les pages parce qu’on veut savoir qui est XIII.


    1983 — Quelques vérités sur le mensonge

    Ptiluc — Pacush Blues

    Des rats philosophent dans un monde d’ordures.

    L’idée est aussi simple que géniale.

    Sous l’humour noir, Ptiluc parle de l’homme, de ses lâchetés, de ses illusions et de ses mensonges.

    Une BD profondément personnelle, impossible à confondre avec une autre.


    1983 — La Conque de Ramor

    Serge Le Tendre & Régis Loisel

    La fantasy française trouve ici l’un de ses sommets.

    Un monde extraordinaire, une quête, des personnages complexes et surtout un dessin de Loisel qui donne une profondeur presque organique à cet univers.

    Une grande aventure qui possède une véritable âme.


    1982 — Nausicaä de la vallée du vent

    Hayao Miyazaki

    Miyazaki ne se contente pas de raconter une aventure fantastique.

    Il imagine un monde ravagé par l’homme et pose une question écologique et morale d’une étonnante modernité.

    Le dessin est somptueux, l’univers immense, l’intrigue ambitieuse.

    Un chef-d’œuvre qui démontre que le manga peut être à la fois populaire, philosophique et épique.


    1982 — Akira

    Katsuhiro Otomo

    Tokyo reconstruite après une catastrophe. Des adolescents. Une puissance qui échappe à tout contrôle.

    Otomo donne à la ville une présence presque physique.

    Le dessin, le mouvement, l’architecture et la violence visuelle font d’Akira une révolution graphique.


    1979 — La Fille sous la dunette

    François Bourgeon — Les Passagers du vent

    La mer, les navires, l’esclavage, les femmes, le XVIIIᵉ siècle.

    Bourgeon fait de l’aventure historique quelque chose de beaucoup plus ambitieux : un récit documenté, sensuel et politique.

    La précision des décors et des costumes est extraordinaire.


    1977 — Les Idées noires

    Franquin

    Et voici notre exception.

    Les Idées noires n’a pas véritablement d’intrigue classique.

    Mais comment éliminer Franquin lorsqu’il atteint ici un tel sommet de graphisme, d’invention et de férocité satirique ?

    Chaque dessin est une petite bombe.

    Nous avons donc accepté une exception à notre règle : certaines œuvres sont tellement extraordinaires qu’elles dépassent les critères qui leur sont appliqués.


    1975 — Arzach

    Moebius

    Peu de texte. Peu d’explications. Un personnage muet traverse un monde impossible.

    Et pourtant tout semble évident.

    Avec Arzach, Moebius démontre que le dessin seul peut raconter.

    C’est une révolution silencieuse.


    1969 — Le Spectre aux balles d’or

    Jean-Michel Charlier & Jean Giraud — Blueberry

    Le western devient une véritable épopée.

    Giraud transforme les paysages américains en espaces gigantesques et Charlier construit une aventure d’une efficacité redoutable.

    Le western en bande dessinée atteint ici une forme de perfection.


    1967 — La Ballade de la mer salée

    Hugo Pratt — Corto Maltese

    Corto Maltese apparaît.

    Mais surtout apparaît une nouvelle manière de raconter l’aventure : plus mélancolique, plus mystérieuse, plus littéraire.

    Pratt donne à ses personnages une profondeur inhabituelle.

    L’aventure devient poésie.


    1960 — La Schtroumpfette

    Peyo

    Un petit village entièrement masculin voit apparaître une Schtroumpfette.

    Derrière une aventure apparemment légère se cache une idée d’une efficacité remarquable : introduire un seul personnage féminin suffit à bouleverser tout l’équilibre du monde des Schtroumpfs.

    Une extraordinaire démonstration de créativité.


    1958 — Le Juge

    Morris & René Goscinny — Lucky Luke

    Un véritable personnage historique : le juge Isaac Parker.

    Goscinny transforme cette matière en une aventure burlesque, tandis que Morris donne à chaque personnage une expressivité extraordinaire.

    Lucky Luke à son meilleur : drôle, intelligent, documenté et parfaitement rythmé.


    1956 — Le Nid des Marsupilamis

    Franquin

    Une idée absolument folle : au lieu de raconter une nouvelle aventure de Spirou, Franquin nous fait découvrir la vie intime d’un couple de Marsupilamis.

    Le résultat est tendre, drôle, inventif et graphiquement exceptionnel.

    La créativité de Franquin semble ici sans limites.


    1956 — La Marque jaune

    Edgar P. Jacobs — Blake et Mortimer

    Londres plongée dans la nuit. Une série de crimes impossibles. Une mystérieuse marque jaune.

    Jacobs compose une atmosphère presque cinématographique.

    Une intrigue policière d’une efficacité remarquable, enveloppée dans l’un des plus beaux décors de la BD classique.


    1953 — Objectif Lune

    Hergé — Tintin

    Pas Tintin en général. Cet album.

    Hergé imagine une aventure scientifique d’une précision étonnante pour son époque.

    Le projet lunaire est traité avec un sérieux documentaire, tout en conservant l’humour et les personnages de Tintin.

    Une extraordinaire rencontre entre aventure, science et imagination.


    1905 — Little Nemo in Slumberland

    Winsor McCay

    Il suffit de regarder les planches pour comprendre pourquoi McCay est ici.

    Escaliers impossibles, palais qui s’effondrent, personnages qui grandissent ou rétrécissent, rêves qui se transforment sous les yeux du lecteur.

    L’imagination graphique semble n’avoir aucune limite.

    Pour son époque, c’est proprement révolutionnaire.


    1890 — Le Sapeur Camember

    Christophe

    Une BD ancienne, mais une idée moderne : exploiter systématiquement l’absurde, le gag visuel et la logique poussée jusqu’au non-sens.

    Camember annonce à sa manière une partie de l’humour graphique qui viendra ensuite.

    Il est là aussi pour rappeler une chose essentielle : la bande dessinée française ne commence pas avec Tintin.


    1865 — Max und Moritz

    Wilhelm Busch

    Sept aventures, deux garnements et une succession de catastrophes.

    Busch possède déjà un sens extraordinaire du mouvement, de la caricature et du rythme.

    Son influence sur la bande dessinée européenne et américaine sera considérable.


    1833 — Histoire de M. Jabot

    Rodolphe Töpffer

    Et nous voici au commencement.

    Töpffer comprend quelque chose d’essentiel : des images successives peuvent raconter une histoire, et le texte peut dialoguer avec elles.

    Ce qui paraît aujourd’hui évident était alors profondément novateur.

    Avec M. Jabot, nous ne sommes pas encore devant la BD moderne telle que nous la connaissons.

    Nous sommes devant l’un de ses actes de naissance.


    La BD n’est donc pas morte

    Elle a commencé avec quelques dessins et du texte.

    Elle a traversé les journaux, les albums, les guerres, les révolutions graphiques, les mangas, les comics et le roman graphique.

    Elle a appris à faire rire avec Camember, à faire rêver avec Little Nemo, à faire frissonner avec Blake et Mortimer, à faire voyager avec Corto Maltese, à faire réfléchir avec Ptiluc, à faire trembler avec Akira, à faire pleurer avec Tardi, à faire réfléchir sur l’Histoire avec La Bombe.

    Et elle continue.

    Alors, oui, Angoulême est annulé.

    Mais la BD, elle, est toujours là.

    Elle n’est pas morte. Elle n’a jamais été aussi vivante.

  • Opération Palmyre

    La réaction française s’est fait attendre toute la journée. Ce samedi, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a condamné la capture du président vénézuélien, Nicolás Maduro, par les forces américaines lors d’une opération qui « contrevient » au droit

    international, estimant qu’« aucune solution politique durable » dans le pays « ne saurait être imposée de l’extérieur ».

    En cela la France rejoint les condamnation unanime de la presse mondial contre cette ingérence mais dans le même temps un opération militaire franco-britannique a bombardé les installations de Daech en Syrie.

    Chercher l’erreur. C’est très facile militairement parlant mais les conséquences sur le terrorisme en France seront probablement très fortes.

  • Opération Caracas

    Nicolás Maduro et son épouse auraient été exfiltrés vers les États-Unis afin d’y être jugés, à la suite d’une opération menée par les forces spéciales américaines.

    Dans le même temps, le terminal portuaire de La Guaira, point de départ présumé de cargaisons de drogue, a été ciblé par des frappes. Aucune installation pétrolière n’aurait été touchée.

    Sans surprise, l’Iran a immédiatement condamné l’intervention américaine au Venezuela, dénonçant une violation flagrante de la souveraineté nationale du pays. Une réaction qui trahit, selon moi, une réelle inquiétude du régime iranien. Les mollahs redoutent qu’une répression trop brutale de la révolte en cours sur leur propre territoire ne provoque, à leur tour, une riposte américaine.

    Pour l’instant, cette menace semble jouer un rôle dissuasif. Espérons qu’elle continue d’agir, car les précédentes vagues de répression ont été d’une violence extrême et tragiquement meurtrières.

  • Mort de rire

    Comme Nandabayin, souverain birman qui, dit-on, mourut d’hilarité en entendant d’un marchand italien que la république de Venise était un État libre sans roi. Lorsque j’ai appris que tous nos députés, à deux exceptions près (une abstention et un vote contre), avaient rejeté le budget de la France alors qu’ils avaient auparavant approuvé l’ensemble des mesures qui le composent.
    Et pourtant, la chose est parfaitement logique : c’est ce qu’on appelle le Paradoxe de Condorcet, que chacun a normalement étudié en terminale en philosophie. Mais nos brillants énarques étaient sans doute trop intelligents pour prêter attention à ce cours-là.